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Terrorisme

Frontière Burkina-Togo: Le durcissement des mesures sécuritaires impacte Kompienga

par Edouard Samboe - 2023-01-11 19:33:02 1922 vue(s) 1 Comment(s)

Le dimanche 08 janvier 2023, le ton est monté à Kompienga, chef-lieu de la province du même nom (proche du Togo), au sud-est du Burkina Faso. Lors d’un meeting, les restes des habitants de cette partie de la région de l’Est du Burkina, qui vivent sous blocus des groupes armés extrémistes, ont dénoncé le durcissement des mesures d’accès à la frontière du Togo. Un mécontentement lié à un constat régulier , ces derniers temps , d’un durcissement des mesures d’acheminement des véhicules contenant des vivres en provenance de Dapaong ( Togo) via Pognon ( canton frontalier Togo-Burkina) en direction de Kompienga ( Burkina). Une situation liée aux mesures de lutte antiterroristes à la frontière togolaise qui impacte négativement la population de Kompienga.

Frontière Togo

Pognon, 10 janvier 2023; chef-lieu du canton du même nom , l’un des cantons de la préfecture de Kpendjal ouest 2; région des Savanes ( 600 km de Lomé, la capitale); localité , frontalière du Burkina Faso, située au nord-est du Togo. A 15 km plus au nord, se situe Pognon-Sankaodo, village de la commune rurale de Kompienga ( province de la Kompienga, région de l’Est, Burkina Faso).

Déplacés internes provenance de Kompienga arrivés à Pognon

Les limites de ces deux localités font parties intégrantes des 126 km de frontière terrestre entre le Burkina Faso et le Togo. Outre les noms desdites localités qui se ressemblent, au delà des frontalières, il s’agit d’un même peuple et une même histoire, analyse Yantchabré Labdiedo, chef-canton de Pognon.

Déplacés internes de Kompienga de passage a Pognon

Jusqu’en mars 2019, les marchés de Kompienga ( chef-lieu de la province), celui de Pognon ou encore du grand marché de Dapaong ( chef-lieu de la région des Savanes), accueillaient les populations desdites localités. Yemboado Namoano, enseignant de Kompienga , aujourd’hui admis à la retraite témoigne: « c’est chez nous, on allait partout, il n’y a qu’une seule bonne route, celle qui traverse Dapaong passant par Pognon pour déboucher sur Kompienga». C’était en temps de paix et la circulation des personnes et des biens était sans difficultés.

Déplacés de Kompienga à Pognon

La pression des groupes extrémistes à l’Est du Burkina Faso va entraîner un bouleversement de la situation, dès le premier semestre de 2019. La province de la Kompienga, située à 105 km de Fada N’Gourma, capitale de la région de l’Est, va basculer. Plusieurs localités de ladite province telles que Djamanga, Djabiga, Mandéni, Bounou, Obiagou, Pognoa-Sankoado vont subir les exactions des groupes extrémistes. «Durant plusieurs mois, ils imposent leurs lois, contrôlent les pièces des voyageurs,passent à tabac les passagers, détournent les véhicules remplis de vivres, rackettent et poussent les populations à fuir», témoigne, un journaliste spécialiste de la région (qui a requis l’anonymat à cause de insécurité).

Déplacés de Kompienga à la frontière de Pognon

Frontière de Pogon, un lien de transit des déplacés

L’armée burkinabè déclenche l’opération Otapaonu ( la foudre, en langue locale) contre la nébuleuse, la même année. Des civils pris en étau par la représailles des groupes extrémistes fuient vers le Togo, via Pognon, Yembouate et Mandouri. Le déplacement des populations civiles de Kompienga vers le Togo va s’accentuer avec la coupure de la route d’accès à Pama et Fada par les extrémistes, les mois suivants.

La province de la Kompienga,coupée du reste du Burkina, assiégée par les groupes armés, se retrouve de plus en plus plongée dans la crise humanitaire jusqu’en début 2022. Kotidja Blimpo, aujourd’hui déplacé interne à Cinkassé est l’un des premiers à fuir la zone.Devenu conducteur des Taximoto, il témoigne : « j’ai fait le transit, Kompienga, Pognon, Korbongou, Dapaong, Cinkassé».

Tout comme lui, ils sont nombreux bagages à la main, a foulé le sol togolais pour élire domicile ou transiter vers d’autres villes du Burkina plus sécurisées.A Dapaong ville, quartier Kombonloaga, certains en ont fait leur fief. C’est le cas de Onadja Bilpo qui a rejoint sa deuxième famille à Dapaong. Au cœur de cette ville, certains se sont intégrés, mais d’autres vivent une précarité sans précédent, comme Biba Sogli, qui entend quitter la ville pour élire domicile Timbou ( une commune voisine) , pour «cultiver des tomates».

Jusqu’en début 2021, outre les rackets des forces de défense et de sécurité au niveau des frontières,le déplacement d’un pays à l’autre ne posait pas de difficultés.Ce qui avait permis à Onadja, Sogli et les autres d’aller à Dapaong. C’est ainsi que Amado Kientega a pu rejoindre ses parents à Pouytenga au centre du Burkina , sans trop de tracasseries, via le Togo.

Mais la situation va rapidement changer avec les attaques terroristes sur le Togo. Et, depuis lors, beaucoup de ces populations de Kompienga en direction ou en transit du Togo vont subir « la rigueur des douaniers, policiers et gendarmes des frontières, Ces hommes sont capables de tout, y compris exploiter un faible en fuite», s’indigne un officier du 4e RIA (Régiment Interarmes).

L’agression terroriste à Kpendjal fait durcir le ton

En 2021, lors d’une première attaque contre le Togo, entre le 9 et 10 novembre, le général Yark Damehame, ministre de la Sécurité expliquait qu’il s’agissait des assaillants «en provenance du Burkina Faso».Puis Six mois plus tard,le 11 mai 2022,l’armée togolaise perd ses hommes,des suites d’une attaque à Kpekankandi,village frontalier au Burkina. D’autres attaques s’en suivent dans les localités togolaises proches du Burkina, jusqu’en décembre 2022.

Des habitants des villages comme Blamonga, Tchimouri, Tiwouri , Lallabiga, Sankartchogou et Sanloaga ciblés par les groupes armés témoignent que lesdits groupes « se cachent dans la foret de Kompienga». L’armée togolaise déployée le long de ses frontières de Glouloungoussi au nord-Ouest à Kpantali au nord-Est durcît le ton. Les villages frontaliers sont vidés et les contrôles aux frontière se durcissent.

Des familles qui vivaient de part et d’autres des frontières sont impactées. « ma femme qui est originaire de Kompienga a vu sa maman refusée de traverser la frontière pour me rejoindre à Tambate ( canton de Koundjouaré). Je suis allé à Pognon négocier en vain, puisqu’elle n’avait pas de pièce d’identité», témoigne un enseignant qui a requis l’anonymat. A la frontière de Pognon, les contrôles deviennent stricts et; ainsi apparaissent les premières frustrations.Les populations en fuite dénoncent plus de « 5000 FR CFA perçus par les agents», à Pognon, sur les routes et à Cinkassé. « Il suffit qu’ils te voient sur un engin immatriculé Burkina Faso,ils n’ont plus pitié de toi, ils veulent l’argent; le fait que tu fuis les terroristes ne leur fait pas pitié», témoigne Marc Lamboni, enseignant vacataire au Burkina Faso, chassé par les terroristes, aujourd’hui au chômage à Dapaong.

La méfiance des militaires…

Les exactions terroristes contre les positions des FAT interrogent sur les origines de leurs soutiens en vivres et en carburant. On parle dans le cercle de l’armée des complicités des civils en matériel et en renseignement.Il est donc interdit de vendre du carburant et d’en transporter sous peine d’accusation de complicité de financement de la nébuleuse.Au cœur de plusieurs villages de Kpendjal,tout débat autour du carburant frelaté est banni.

Les frontières nord du Togo avec le Bénin, origine de tout trafic de carburant, passent sous contrôle des GILAT ( groupes intervention et lutte antiterroriste). A Mandouri, Tambate et Pognon, des individus sont interpellés par les forces de sécurité.D’autres trafiquants selon les témoins , recherchés par l’armée ont fui et quitté les villages.

Aussi, les parcs de vente de bétail sont fermés, à Tambate, et dans plusieurs villages.Les transhumants sont circonscrits à ne pas passer dans certaines zones jugées « sensibles». «nous pensons que c’est la vente du bétail et du carburant qui soutient les bandits qui nous attaquent», explique un sous officier des FAT, membre de l’opération Koundjouaré.

Les commerçants de bétails passent dans le collimateur de l’armée. Et, tout habitant des villages ciblés par les extrémistes qui héberge un étranger «sans scrupule», doit avertir l’armée, sous peine de passer pour un complice des extrémistes. « Le on ne sait qui est qui, nous oblige à être dur avec les populations; pour le moment,ils ne nous comprennent pas, mais à la longue, ils verront que ce que dit Sodja ( soldat, en langue locale) avait raison», explique un policier, affecté dans cette zone.

L’autre coté de la frontière, l’impact de ces mesures sécuritaires pèsent sur les populations de Kompienga qui veulent des vivres. « Nos vivres en provenance de Dapaong sont bloqués à Pognon», explique Matieni Mokaga, chauffeur qui ajoute que ces vivres « sont commandés par les populations civiles qui vivent une situation humanitaire».

Mais pour ces officiers de l’armée togolaise contactés sur cette préoccupation de la population de Kompienga, il y a un lien entre les commandes de vivres et le financement des extrémistes». L’un d’eux, soutient: « Au début, on escortait les véhicules contenant des vivres jusqu’à Kompienga, mais on se rend compte qu’il y a des commandes qui sont destinés aux terroristes qui nous attaquent». Mais pour Kodiaga Mogada , un habitant de Kompienga « il ne doit y avoir de barrages entre les deux pays, surtout en vivres et en besoins humanitaires, puisque la population de Kompienga a faim». Bassirou Badjo, blogueur, originaire de la localité,pense que « la situation humanitaire est préoccupante dans la province de Kompienga».Il plaide pour laisser passer les besoins humanitaires au profit des populations de Kompienga.

Même si le besoin humanitaire fait hausser le ton à Kompienga,ces derniers jours, l’armée togolaise est saluée par ces mêmes populations,pour son engagement en terre burkinabè dans la lutte contre les groupes extrémistes. « Notre armée est absente, c’est l’armée togolaise qui est intervenue pour nous libérer à plusieurs reprises depuis trois mois», soutient, un enseignant de la zone, qui ajoute comprendre la réaction des FAT qui « craignent pour leur sécurité à cause des infiltrations des extrémistes».

Face à la menace du JNIM couplée des combattants d’Ansarul Islam, la préfecture de Kpendjal a connu des incursions armées depuis 2021, plaçant toute la région, sous l’état d’urgence sécuritaire depuis le 13 juin 2022 et renouvelée, pour six mois en septembre 2022, jusqu’en mars 2023.Ces derniers mois, l’armée togolaise annonce avoir détruit des bastions de ces groupes nébuleuses et mis en sécurité les populations civiles. Ce qui a permis à plusieurs paysans qui avaient quitté leurs villages d’y revenir, comme Sanloaga, Blamonga, Tchimouri, etc.Les chantiers de développement sont donc lancés comme le désenclavement des pistes rurales, la construction des ponts, l’implantation des plaques solaires, dans plusieurs villages, et la construction des centres santé et des écoles, à Kpendjal Ouest 2.

Edouard Kamboissoa Samboé

Laabali

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