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Lutte contre le terrorisme : Dans le Kpendjal, l’armée togolaise sauve l’essentiel

par Edouard Samboe - 2023-03-08 18:00:17 459 vue(s) 0 Comment(s)

Vingt-trois mois après les exactions terroristes sur le sol togolais, un calme précaire règne dans la préfecture de Kpendjal. Les groupes terroristes qui cherchent à occuper des pans du territoire national sont combattus par les éléments de l’Opération Koundjouaré. Selon les populations, de jours comme de nuit, des éléments du Groupement intervention léger anti-terroriste (GILAT) sont postés aux alentours de la zone de conflit. « Ils traumatisent les têtes de proues des groupes terroristes qui tentent d’écumer les frontières nord-est du Togo, jusqu’à leurs bastions ».

03 mars 2023, 14h. Sanloaga, dernier village togolais à 80 km de Dapaong (Chef-lieu de la région des Savanes, au nord). C’est un village proche de Toutoubgou, un hameau burkinabè, qui fait frontière entre les deux pays. Nous sommes au sud dans la province de Kompienga. Cela fait plusieurs heures que les populations de Sanloaga entendent des détonations. Des bruits d’armes lourdes et des fumées blanches abasourdissent Toutoubgou. Pour les villages voisins comme Sanloaga et Djantchogou ( Togo) et Kompienbiiga ( Burkina Faso), les impacts et les bruits sont audibles. « Il s’agit des coups de feu d’armes lourdes sur les positions des terroristes tapis dans la forêt de Toutoubgou. Je pense que ce sont les forces armées burkinabè qui mènent ces frappes », explique un habitant de Sanloaga. Ce homme du quarantaine d’année avec qui nous nous sommes assis  sous une tente, ajoute « les étrangers ont fui Sanloaga. Les fonctionnaires aussi repartent chaque soir, mais nous,  les natifs nous sommes là et Sanloaga vit et vivra. Nos compagnons sont les militaires et notre musique des détonations ».

C’est avec humour, qui démarre sa moto pour s’en aller vers la direction de la base militaire de Sanloaga, située à moins d’un Km sous les baobabs. Il s’agit des éléments de l’Opération Koundjouaré, en poste dans ce village frontalier depuis fin 2021, nous précise un boutiquier. «  c’est grâce à eux que le village n’est pas vidé, quand ils sont venus, ceux qui avaient fui, sont revenus dans leurs maisons ». Avec leur hôpital, les militaires sauvent l’essentiel de la santé dans le village, avant que les cas graves soient convoyés à Mandouri ( 35 km, chef-lieu de la préfecture). « ici, toute la population est connue des militaires, il ne faut traverser le camp, sinon, tu es considéré comme un ennemi », explique le boutiquier.

 En effet, au-delà des côtés Nord, Est et Ouest du camp se trouve un fleuve, qui sert de frontière entre le Togo et le Burkina. C’est dans les environs de ce fleuve que les groupes extrémistes avaient enlevé trois garçons de Sanloaga, en juin 2022, dont l’un n’est toujours pas retrouvé. Au-delà de ce fleuve, on y trouve à l’ouest les hameaux de Toutoubgou, Tambibongou, et à l’Est Souktangou. Il s’agit des villages de la province de Kompienga (Burkina), des localités infestées par des extrémistes tapis dans la forêt. Selon des sources militaires « la plupart des agressions du territoire togolais, dans les village comme Sanloaga, Djantchogou, Tiwori, Djanfonden, Djoatou, Sansiek, Tarou, Gnatou, ont pour origines , ces localités ».

Tout comme le boutiquier natif de Sanloaga, dame Sambiani qui a quitté Tiwori pour se réfugier à Gouandé confirme : «  quand ils nous attaquent, et que l’armée est alertée, ils s’enfuient vers les villages voisins dans le Burkina, là où, il y a la foret pour se cacher». Selon plusieurs témoignages concordants recueillis dans les villages de Sanlaoga, Djantchgou, Tamboute, Tchimouri, et Bagré, la bête noire des groupes extrémistes, ce sont les éléments de l’opération Koundjouaré. « Ils ont peur de nos militaires. Quand ils entendent que nos militaires arrivent, ils tremblent et s’enfuient. Si nos militaires avaient été souvent là, ils n’allaient pas s’en prendre à nous », nous confie un éleveur de Djantchogou, qui a vu son bétail arraché de force par les extrémistes. « Ils égorgent nos garçons. On risque de mourir, sans avoir nos enfants nous enterrer : Quand ils viennent, ils ne s’apprennent pas aux vieilles personnes. Ils égorgent nos garçons. A cause de cela, nos garçons fuient. On risque de mourir, sans avoir nos enfants nous enterrer. Pourtant, on accouche pour que nos enfants nous enterrent à notre mort », se remémore dame Sambiani, réfugiée togolaise au Bénin, qui pense que la présence des militaires a freiné le phénomène.

Il y a une distance d’environ 25 km qui sépare le camp de Sanloaga, village situé à l’extrême nord-est frontière entre le Togo et le Burkina, et la base militaire de Bagré,(canton de Bagré) situé à 25 km de Mandouri, qui abrite aussi d’autres bases. A l’entrée et à la sortie entre Mandouri et Bagré, des militaires veillent au grain. Même si le sourire ne manque pas, la pression du métier n’en est pas moins. «  nous sommes ici, dans cette brousse loin de nos maisons, si on ne sourit pas, on  va faire quoi !», nous lâche humoristiquement un militaire barbu, à l’entrée de mandouri.  A quelques km de là , à la sortie de Mandouri sur le fleuve Kpentali, ou au carrefour de Tchimouri comme à Pognon, on peut entendre : « les yeux sont plus rouges, la chaleur et la fatigue ne facilitent pas les choses. Ici, on n’est pas là pour danser, on est en guerre », nous explique un sergent en sueur, qui fouille les pièces des passants.  Ce dernier avoue avoir passé plusieurs mois dans le Kpendjal et attend sa relève.

Ces militaires sont partout, armes à la main et prêts au combat. Certains sur les motos, d’autres sur les jeeps toujours avec le même objectif : « nous allons les gicler », selon les propos d’un lieutenant qui pointe du doigt le lieu de provenance des terroristes, « on va en finir avec eux, ces bandits qui tuent nos populations », dit-il. Dans l’ensemble, le moral semble haut et l’objectif de la mission est connue, celle « de botter les groupes armés extrémistes », renchérit un autre soldat. Ce dernier qui n’était jamais venu à Dapaong, encore moins à Kpendjal avant le terrorisme évoque sa détermination à défendre ses terres : « on ne va pas les laisser dormir, jusqu’à on va les niquer grave, on va les traumatiser jusqu’à leurs bastions et les démolir ».

Chacun à son histoire comme ce sergent qui nous confie « après dix ans dans l’armée, je n’ai rien d’autre à faire qu’à défendre mon pays ». Comme ce lieutenant : « ces gars sont très méchants, dans un village, ils ont ligoté nos parents, avant de les tuer, quelle méchanceté ? », s’indigne-t-il. Pareils à la base de Yembouate ou à Pognon, ces militaires savent qu’ils ont perdu certains de leurs frères d’armes. Mais la détermination est sans faille. A chaque poste, ceux qui ne parlent pas en Moba ou gourma, parlent en Kabye, en Mina, en Bassar ou Kotokoli. Leurs différences culturelles sont leurs forces. On peut rigoler avec eux par endroits, mais aussi les craindre par de-là, d’autres endroits.

De jours comme de nuits, les populations parlent des patrouilles de militaires qui visitent leurs villages pour assurer la sécurité. « Ils ne dorment pas, c’est pour nous qu’ils sont içi, s’ils n’étaient pas là, je serai parti », nous explique un enseignant de Tambate. « Ils sont proches de nous et nous communiquons, on leurs donne souvent des indications sur les villages », explique un élève du lycée de Mandouri. Selon les populations , c’est par l’intervention des militaires que des villages tels que Kpinkankandi, Tchimouri , Blamonga ou Bagré ont été épargnés. Ceux-ci ont implanté des camps et détruit les projets des groupes extrémistes. Dans les villages vidés des populations, « l’armée à assujetti lesdits villages et des parties de concessions ont été détruites, afin de contrer l’avancée des terroristes », nous renseigne une habitante de Tiwori, aujourd’hui déplacée à Mandouri.

De Kpentali, zone frontalière du Togo avec le Bénin, au Nord-est, en passant par les villages de Djanfonden, Soktangou, Tiwori, Djantchogou, Sanloaga, Kpemboli, Tchomouri, Pognon jusqu’au village de Yemboate à l’ouest, près de la frontière avec le Burkina, l’armée a sauvé l’essentiel. Aucun territoire du Togo n’est sous contrôle extrémiste.

 Certes, les groupes extrémistes au regard de leur nature asymétrique, opèrent par endroits, et par incursions ponctuelles sur des pans du territoire, mais ils écument de façon partielle. Souvent, les populations parlent de vols de bétails, des engins explosifs improvisés et des menaces physiques voire des exactions contre les hommes. Mais, par crainte des militaires togolais, ils se replient en terre burkinabè, d’où ils se cachent dans la foret. Cette puissance de feu des forces armées togolaises fait croire à des habitants qui ont fui leurs villages que si l’armée implantait des bases dans leurs villages respectifs, ils reviendraient pour y vivre.

Vingt-deux mois après le début des exactions des groupes armés dans le Kpendjal, les civils et les militaires y trouvé la mort, neufs des villages ciblés ont été vidés, la situation humanitaire est palpable, mais la vie continue dans une résilience hors du commun. La peur d’un lendemain certain hante certains villageois, mais l’espoir d’y revenir est grand. La présence des FAT (forces armées togolaises) est plus que salutaire, car ce combat se serait gagnée qu’au travers l’union entre l’armée et le peuple.

Edouard Kamboissoa Samboé

Laabali.com

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