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Culture

Pligou: De retour sur la terre de leurs pères, ces déplacés réclament des terres

par Edouard Samboe - 2023-06-18 18:22:46 530 vue(s) 0 Comment(s)

La situation sécuritaire a déclenché une crise humanitaire jamais égalée dans la région des Savanes. Le déplacement massif des populations civiles appelée « déplacés internes » soulève déjà des problèmes, qui étaient jusque-là latents. Le retour d’un certain nombre d’entre eux, vers les villages de leurs pères, nécessite déjà des reformes agraires. Lesquelles reformes pourraient être sources de conflits, si rien n’est faire pour assurer la réintégration. C’est le cas des déplacés de Pligou, dans le village Kpemboungue, (préfecture de Tandjouaré), 40 km de Dapaong (650 km de Lomé), qui ont fui les villages de Bouliyenga, Djapiéni et waldjouague Sambongue ( commune de Zembendé, Burkina Faso).

Dimanche, 18 juin 2023. Une bagarre s’éclate dans un champ, à peine labouré par une paire de chevaux, devant une charrue. Nous sommes à Boulougou, il est 9h. L’une des femmes, se nomme Awa épouse Komkpéré. 44 ans révolus, mère de six enfants. Fâchée contre sa voisine du champ, elle lâche : « c’est parce que le malheur est advenu que je suis ici, dans ce champ, sinon, cet espace n’est pas un champ, j’ai déjà cultivé plus de 7 hectares, là où nous étions avant le danger ».

Awa fait partie d’une famille de 60 personnes qui a fui le sol du Burkina Faso, pour élire domicile à Pligou, ce canton à l’Est dans la préfecture de Tandjouaré (commune de Tandjouaré 1). Il y a encore de cela deux mois, elle vivait à Zembendé dans la région du centre-est du Burkina Faso avec sa famille. Mais la situation va se compliquer après plusieurs menaces de groupes extrémistes. « Ils sont venus nous dire de partir. On ne savait plus où aller. L’Est, l’Ouest et le Nord de notre village étaient encerclés. On tuait des gens et on volait nos bétails. C’est là que mon mari, qui a pour père, un originaire de ce village du Togo, a demandé qu’on y revienne. C’est la première fois que je reviens dans ce village. Cela s’est fait par la force des choses. Comme on ne sait plus quand est ce qu’on va en finir avec ces menaces sécuritaires, je suis obligée de me trouver un champ », explique Awa, toute triste. « J’ai loué ce champ à 5000 FR CFA, et voila que ce matin j’y arrive avec la charrue pour le labour, la femme du propriétaire du terrain me le refuse, au motif, que je n’ai pas droit de faire un champ ici. Si je le fais comment pourrais-je nourrir mes enfants », s’est-elle interrogée.

Comme elle, ils sont nombreux, ces déplacés qui sont revenus dans les villages d’origines de leurs pères, à la recherche de la sécurité. Forcés par les groupes armés extrémistes, ne savant plus à quel saint se vouer, ils ont choisi les horizons de leurs ancêtres.  Le mari de Awa devant le déficit d’espace de culture dans le village d’origine de son père, a choisi l’aventure, en Côte d’Ivoire. Son fils ainé, est au Mali à la recherche de meilleures conditions de vie. Mais celui-ci, à Laissé Cécile, sa femme, auprès de sa mère pour se chercher.

Le doyen de la maison Madnib la soixantaine, qui a conduit la délégation de soixantaine personnes auprès de la famille Kompkpéré de Pligou ne cache pas sa tristesse : « c’est malheureux de se retrouver d’un jour à l’autre dans ces conditions. C’est une chance, puisque toute notre maison, nous n’avons perdu personne, sauf nos bétails et nos maisons. Chacun de nous avait sa maison et sa famille. On a fui, à cause des ultimatums lancés par les extrémistes. On a perdu nos avoirs. Mais nous sommes en sécurité ici, sur la terre de nos pères ». Son jeune frère, qui a aussi perdu ses avoirs, de même que son gendre ajoute : « Ici, nous allons bien. Mais il nous faut cultiver, cette saison, et pendant la période de sècheresse, bâtir nos maisons, parce qu’on ne sait quand finira la crise dans nos villages, afin qu’on y retourne ». Mais en attendant, il penser à partager les terres.

Surpris par l’arrivée de ces soixante personnes, le doyen de la famille Komkpéré, Kombate Djindjink , a décidé de leur octroyer des lopins de terres. Il leur a aussi offert des gites pour s’abriter. Pour partager leurs peines, la famille Komkpéré a décidé de se partager les déplacés dans chacune des maisons du clan. Chaque membre de la famille des déplacés qui y est revenu a pu trouver une maison et un lopin de terre, mais au regard de leur nombre, la terre ne suffit pas, vu la superficie des espaces cultivables.

A Timbou , Naji-Ouest , Naki-Est, Ogaro et Dapaong, la crise humanitaire continue d’écumer ces localités. Elle ne concerne plus les agriculteurs et les éléveurs, mais touche aussi les aventuriers, les ouvriers, les enseignants vacataires, les serveuses de maquis et bars du Togo partis se chercher au Burkina Faso, aujourd’hui chassés par la pression sécuritaire. Ils reviennent de plus en plus dans leurs villages d’origines, et impactent la répartition des terres cultivables.

 « nous sommes revenus, on veut des terres, il nous faut   bâtir nos maisons »

Malgré tout la solidarité et la résilience sont au rendez-vous dans la famille Komkpéré, mais la conjoncture s’annonce critique. « Le nombre des membres de notre famille, vu les champs, on sait que la conjoncture s’annonce très critique, la famine nous guette, tout comme la souffrance ». C’est ainsi que certains membres ont décidé de louer des terres pour en faire des champs, mais pour l’instant, les difficultés ne sont pas éloignées. Dans les champs, les voisins se chamaillent pour des espaces émiettés et le manque des espaces de cultures.

Pour la région où les conflits fonciers demeurent légions, l’avènement de la crise sécuritaire et humanitaire pourrait aggraver les cellules dormantes desdits conflits. Une reforme agraire en lien avec la résilience humanitaire s’avère indéniable, mais cela ne se fera pas sans l’accompagnement des structures humanitaires qui doivent contribuer à soulager les premières crises, mais aussi assurer les besoins sociaux de nos populations.

Edouard Kamboissoa Samboé

Laabali

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