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Violences basées sur le genre : Dans les Savanes, les regards poussent les victimes au silence

par Edouard Samboe - 2026-10-27 21:11:33 18 vue(s) 0 Comment(s)

Au Togo, dans la région des Savanes, les violences basées sur le genre (VBG) sont une réalité. Les victimes, elles existent, mais se murent dans un silence mélancolique. Les coupables sont connus des victimes, mais presque personne n’ose les dénoncer. Entre la honte, la culpabilité, la pression communautaire et le poids des traditions, les langues tardent à se délier. Souvent , le mal persiste et le mal-être perdure. Le courage, l’ignorance de la loi, les droits des victimes (…) cèdent la place à un règlement à l’amiable au détriment du bien-être des victimes. Pourtant, la loi togolaise et les conventions internationales ne négocient pas la dignité humaine.

 » Les violences basées sur le genre (VBG) sont une réalité alarmante dans notre pays. Derrière chaque cas, il y a une vie, une histoire, une souffrance. » C’est le triste constat que dresse l’UNFP dans un post Meta le 21 août 2026. À en croire Ameyo Letou, chargée de programme genre et droits humains à l’UNFPA ,  » Les VBG sont une réalité au Togo ». Le post continue ainsi : « Entre 2 000 et 2 500 cas sont recensés chaque année. ».

Dans la région des Savanes, c’est un sujet souvent tabou. On ne l’évoque rarement en public. Pourtant, les témoignages sont légion. Il faut une dose de confiance pour que les langues se délient. Lors des ateliers et des débats publics, les discours sont soignés. Dans les communautés, en revanche, la parole reste difficile, surtout quand il s’agit de dénoncer des cas. « On ne peut pas parler librement de VBG ici à cause du poids des traditions, des normes et des croyances sociales », déplore une habitante de Koni. Ces violences sont en augmentation depuis le début de la crise sécuritaire, d’après le rapport sur l’état des lieux des VBG dans la région des Savanes, conduit par GEME-SA. Les jeunes , les adultes, issus du monde rural et urbain,sont concernés .

C’est le cas de Dimbien (nom d’emprunt). À la sortie de son apprentissage en couture, elle est abordée par un jeune homme qui l’invite à monter sur sa moto, sous prétexte de lui indiquer une maison qu’elle connaîtrait. Profitant de sa naïveté et de sa vulnérabilité, il détourne le trajet et l’emmène de force à son domicile, où il la viole. Sous le choc, paralysée par la peur, la honte et le poids des stéréotypes, la jeune fille garde le silence. Deux mois plus tard, elle présente un état de santé qui résiste aux soins initiaux. Sur le conseil d’un proche, sa mère l’emmène au centre de santé du village. Les examens révèlent une grossesse. Face au diagnostic, Dimbien raconte enfin ce qu’elle a subi. Interpellé par la famille de la victime, l’auteur nie d’abord les faits. Il finit par les reconnaître après le témoignage d’un aîné de la famille, qui affirme l’avoir intercepté le jour de l’agression. Dimbien est alors donnée en mariage à son agresseur. « Des Dimbien, il y en a plein dans nos communautés, sans qu’aucun service en soit informé. » Apprend-on d’une personne âgée témoin de plusieurs faits. La peur de la stigmatisation, la pression familiale ou communautaire et la honte sont les principales causes de non-dénonciation. « Quand tu parles de tes problèmes familiaux, la communauté se moque de toi », confie D. G., 40 ans.

D’après des témoignages, les victimes cherchent d’abord de l’aide auprès de leur famille. Cette démarche débouche rarement sur une solution consentie. Poman, 30 ans et mère de famille, s’en souvient : « J’exerçais un commerce avant de me marier. Après le mariage, mon époux m’a interdit toute activité génératrice de revenus, sous prétexte que je me laisserais draguer par d’autres hommes. Pour survivre, j’ai continué malgré les injures, les menaces et même les coups. Quand je ramenais de l’argent à la maison, il le récupérait. J’ai touché ma tontine (une tontine circulaire entre femmes d’une coopérative) et il a acheté un terrain pour moi. Quand j’ai eu besoin d’argent pour compléter les soins de notre enfant, je lui en ai demandé. Il m’a remis une somme en m’expliquant que c’était le reste de l’argent du terrain, qu’il avait vendu entre-temps. Surprise, choquée, je ne savais plus quoi faire. Une réunion de famille a été organisée avec ses frères. Ils l’ont condamné, mais m’ont demandé de ne pas porter plainte contre mon mari. »

Comme elle, d’autres victimes se tournent vers des acteurs de proximité : chef de village ou de canton, gendarmerie ou One Stop Center. Ces acteurs privilégient la conciliation. Quant aux centres de prise en charge, les communautés les perçoivent davantage comme des lieux de contrainte que comme des lieux de droit. « Je veux convoquer mon mari, mais j’ai peur qu’on le mette en prison. Il ne me le pardonnera pas », confie Poman. Pour Beitien Y., chef de ménage, la menace est claire : « Si ma femme me convoque chez le chef de canton ou dans un centre, elle y va, mais elle ne reviendra plus chez moi », lance-t-il avec sarcasme.

Un dispositif public visible…..

Dans les Savanes, les efforts du gouvernement pour rendre opérationnel le dispositif de lutte contre les VBG sont visibles : centres d’écoute, maisons de justice et One Stop Center, inauguré en 2025. Ce dernier a reçu 335 cas au cours de sa première année. Plus de 200 cas ont déjà été signalés fin octobre 2026, indique Kpatcha Batchabani, coordinateur adjoint du centre.

Pourtant, les VBG sont encore largement banalisées au sein des communautés et rarement reconnues comme une violation des droits humains. Réhanath Touré-Mamadou, membre de l’association Tchowouré, observe que « l’information est là » : les gens savent que la loi existe. « Mais le poids institutionnel et celui des traditions ne favorisent pas son application. ». Elle dénonce un statut de la femme encore défini par ses liens avec les hommes : « Dans nos communautés, la femme reste la propriété de quelqu’un. » Si elle n’est pas la fille de son père, elle est l’épouse de son mari ou la sœur de son frère, « jamais un individu à part entière ».

Ces représentations sont partagées par des femmes elles-mêmes. Lors d’un atelier à Mango, une participante a déclaré qu’« une vraie femme doit accepter de se faire corriger par son mari quand elle est en faute » et qu’elle n’a pas à parler quand l’homme parle. « Si tu prends la parole devant un homme, tu es impolie », renchérit Zélia, revendeuse de 42 ans. Un statu quo permanent de silence imposé aux femmes, surtout en zone rurale. La pauvreté, la consommation d’alcool et de drogues amplifient ces violences. Les femmes et les filles déplacées, en situation de handicap ou vivant en milieu rural seraient les plus vulnérables.

Selon REFED, une organisation de la société civile engagée dans la promotion des femmes des Savanes, « plus de la moitié des femmes au Togo finissent par être victimes d’au moins une forme de violence au cours de leur vie ». Un phénomène lié à l’extrême pauvreté et à l’ignorance.  « Les taux de pauvreté nationaux sont nettement plus élevés dans les zones rurales (58,2 %) que dans les zones urbaines (26,2 %). Les femmes demeurent plus vulnérables, avec un accès plus limité aux opportunités économiques, à l’éducation, aux soins de santé et à d’autres infrastructures socio-économiques de base  » selon un constat de la Banque mondiale en 2025.

Sur le terrain, les OSC et les structures gouvernementales restent proches des populations touchées par les VBG. D’ailleurs, le Togo est partie prenante à plusieurs traités majeurs qui l’obligent à prévenir, punir et éliminer les violences faites aux femmes et aux filles./ En outre, le Togo a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, s’engageant à modifier son cadre légal pour garantir l’égalité des sexes et interdire les discriminations.

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples est spécifiquement dédiée aux droits des femmes en Afrique. Il interdit formellement les mutilations génitales féminines (MGF), le mariage forcé et les violences domestiques. Le Togo a ratifié le protocole de Maputo. Sur le plan national, la Loi n° 2022-020 (décembre 2022) sur la protection des apprenants a été adoptée pour éradiquer les abus dans le milieu éducatif. Cette loi garantit la protection des apprenants contre les violences à caractère sexuel au Togo. Elle protège les élèves, étudiants et apprentis contre les agressions, le chantage sexuel des enseignants ou de leurs pairs, et la pédophilie. Le code pénal togolais consacre des sanctions strictes contre les violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques

LALLE Tani

Laaabli

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