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Savanes : «Quand cesse la pluie, débute la soif, ainsi meurent les animaux et les arbres »

par Edouard Samboe - 2026-02-05 02:52:23 20 vue(s) 0 Comment(s)

En pleine crise sécuritaire depuis 2021,la région des Savanes fait également face à une grave crise d’accès à l’eau potable. En zone urbaine, c’est un réseau vétuste ou un manque d’entretien d’ouvrages de desserte d’eau potable qui pénalisent les citadins.En zone rurale,c’est le manque d’ouvrage adapté,l’absence de retenues adéquates ou les aléas climatiques , qui freinent la coulée d’eau potable. Une situation dont souffre les habitants et les animaux depuis des décennies.

« Les gens disent que le ciment tue. Mais, cela fait bien longtemps qu’on en consomme . On y met dans de l’eau trouble pour la décanter. Ensuite, on la boit. Et voila, nous sommes bien vivants ; de toutes les façons, nous sommes obligés pour l’instant». Celle qui parle est une mère de deux enfants. À 28 ans, elle fait plus que son âge.

 Son village , c’est Doungue. Nous sommes dans la préfecture de Tandjouaré; au nord du Togo; Soit 640 km de Lomé, la capitale. Logée au sommet d’une colline, cette localité zoome sur les dures réalités que vivent les femmes rurales.

 C’est en cet endroit que Yendoubé Kolani, à l’état civil est née . Un  village borné de borasses. Mais il faut y être pour connaître que les gens y vivent autant que les animaux. Situé en altitude par rapport aux autres villages nichés à son flanc, Doungue n’est pas visible aux passants sur la route bitumée . A condition de grimper la colline pour y accéder.  

Pourtant, plusieurs âmes y vivent depuis belles lurettes. Et c’est bien là, qu’elle y vit avec son mari et ses enfants. Elle évoque « 150 concessions, environ 630 personnes. Et, au-delà de Doungue, il y a d’autres villages au fonds des collines, notamment Touguolgue , Doré et suivants».

Ces villages voisins partagent un quasi quotidien . Il s’agit en effet de la situation géographique aux cimes des collines. Mais aussi les coups de pilons, les fumées au cours d’une période de la nuit, et la pénurie d’eau pendant le jour.

Environ 9H30, nous sommes arrivés le 31 janvier 2026 à Natigou. C’est le « canton dont est issu Doungue». Une file indienne des jeunes filles et des femmes montant et descendant la colline  attire notre attention. Sur leurs têtes, des bassines et des bidons jaunes. Au nombre de celles-ci figurent les gamines. En suivant leur passage, nous découvrons   des trous faits dans le bas-fond. Pus d’une dizaine de femmes assises avec leurs cuvettes et bidons autour de ces trous. Des trous faits de mains humaines et pioches. Objectif, collecter des petites quantités d’eau jusqu’à remplir leurs cuves. Autour ces femmes gravitent des porcs et des vaches. Ces animaux arrivés avant les femmes ont été chassés des trous d’eau. Aussi, ils attendent  le départ des femmes pour y revenir.

« Voyez-vous», remarque une des femmes, pointant du doigt vers l’ouest en direction des bêtes : « ces porcs ont troublé notre source d’eau potable, et entendent y revenir». Puis silence . « Pour l’instant, c’est mieux ça, on va passer la nuit bientôt ici, on verra où ils auront de l’eau pour la troubler. En tout cas, se sera nos enfants qui pleureront seuls à la maison», a-t-elle ajouté.

En ce mois de janvier, les femmes expliquent que la pénurie d’eau n’est qu’à la première phase. L’étape la plus difficile à franchir, c’est entre le mois de Mars jusqu’au début des premières pluies. L’eau qu’elles boivent n’est autre que de l’eau de fleuve infiltrée, dans le lit, depuis la fin des pluies. Mais aujourd’hui exfiltrée depuis le mois de décembre par des coups de pioche. « Au fur et à mesure que l’eau s’enfonce, on va creuser et la suivre, jusqu’à la boue, et là, interviendra la poudre de ciment pour la décanter. Pour rendre l’eau boueuse potable, on y ajoute du ciment», explique la plus âgée.

« C’est ainsi qu’on vit ici. On n’a jamais eu autres choses que ce bas-fonds depuis que je suis née. On a l’impression qu’on nous a oublié», lance Yendoubé, la plus jeune, élève au collège, âgée de 17 ans. « On nous a toujours promis, mais rien. Ils sont venus forer une fois dans le village, ils ont dit qu’ils ont rencontré un cailloux noir, et qu’ils reviendront, mais ils n’y sont plus revenus», ajoute t-elle. Sa voisine accroupie sur un autre trou renchérît: « On parcourt 5 km aller et 5 km retour , sans compter la colline , plusieurs fois par jours, c’est fatiguant. Depuis que je suis petite, c’est toujours pareil».

En effet, Yendoubé et ses voisines parcourent une longue distance traversant colline et roches. Une voie risquée et difficilement accessible. Lorsque nous entamons la traversée de la colline, au sommet, une personne âgée qui coupait les bois nous interpelle : « Voyez-vous mes genoux, c’est enflé. C’est à cause de cette voie. Depuis toute petite à cause de cette pénurie d’eau. Je ne sais pas ce qu’on a fait pour mériter un tel abandon, un tel mépris, alors que nous sommes à moins de 10 km de la route bitumée». Cette femme qui dit être âgée de 50 ans, a affectivement les genoux croisés et enflés. Elle lie sa pathologie à la quête de l’eau potable. « Tant qu’il ne tombe pas de pluie pour qu’on recueille l’eau de pluie, c’est toujours le même parcours. On se demande s’il advenait que la pluie cesse pendant deux ans. Que deviendrons-nous? Nos enfants arrivent toujours à l’école en retard ou fatigués, ce qui justifie l’abandon massif des classes; les jeunes filles veulent vite se marier pour fuir cet endroit. Quand un étranger arrive, elles le séduisent pour fuir notre situation».

Une pénurie qui touche toute la région

Doungue n’est que la partie visible des villages impactés par la pénurie d’eau potable. C’est le cas du village de Sidik, situé à moins de 15 km à l’est de Dapaong. Là, plusieurs habitants expliquent avoir perdu leurs bétails à cause du manque d’eau. Le seul barrage qui est une retenue devant servir de contenir une quantité d’eau s’assèchent avant le mois de décembre. Il en arrive que les animaux errent sans trouver de retenue d’eau. Joseph Tame Kankpenandja, natif de la localité explique:« Le barrage qui devrait aider la population n’a pas été bien construite. Pourtant, il n’y a pas de forage adéquat».

En effet, dans ce village, il faut parcourir plusieurs Km pour trouver de l’eau potable. Cette  prétendue eau potable est une source stagnante connue sous le nom de « source de singe». Là , selon les témoignages, cette eau qui sort  d’une roche à ciel ouvert, était fréquentée par les singes. Aujourd’hui, c’est les femmes et les filles, qui à force de chercher de l’eau potable , viennent pour y puiser.

Dans le même village, dans le quartier Doumongue, est une source issue d’une roche dans le lit d’un fleuve desséché que les femmes viennent y attendre des heures et heures avant de gagner une bassine d’eau. Non loin de là, d’autres femmes s’attroupent autour d’une autre source naturelle d’eau creuser également dans le lit d’une coulée d’eau de pluie asséchée. A moins deux Km de cette dernière source, un château d’eau se pointe à l’horizon. Une réalisation de l’ONG Compassion International  au profit des femmes de ladite localité. Mais l’une d’elles explique: « La-bas, deux bassines d’eau coûtent 25 FR CFA; les femmes pauvres que nous sommes, sommes incapables de trouver une telle somme chaque jour pour acheter de cette eau, c’est ce qui justifie notre venue à cette source d’eau. Nous savons quelle n’est pas potable , mais on n’a pas de choix; ici, on vient et les animaux aussi».

Dans la préfecture de Kpendjal, c’est le village de Nataré qui est aussi impacté par cette pénurie d’eau potable. Dans ce village, les femmes creusent dans le lit du seul fleuve qui a tari pour se procurer de l’eau potable. Au même moment, les élèves déscolarisés devenus bergers, creusent dans le même lit pour trouver de l’eau pour abreuver leur bétail. Le seul barrage s’est ensablé, alors que cette localité fait partie des zones du nord du Togo impactées par les effets néfastes du changement climatique.  Le seul forage du village de Nataré  se trouve à l’école primaire aujourd’hui dans un état défectueux. Une réalisation de UNICEF Togo. Les populations dans un élan de solidarité appellent à construire un forage ou une retenue d’eau. « Nous demandons de toute urgence une source d’eau intarissable, sinon nos enfants seront tous déscolarisés, et nos filles vont se marier précocement», avertit Bouame, soudeur à Nataré Centre.

Dans le village de Nolbagou, les hommes et les bêtes boivent dans une même marre d’eau. La cause le seul puit creusé dans cette zone a été profané par le dépôt d’une matière fécale humaine sur les eaux de ce puits.

Selon Yendoum Yendoubé, PCA de MECAP TOGO FR, une ONG engagée dans l’installation des forages au profit des populations des Savanes: « le besoin en eau potable est réel et urgent. Les populations et les animaux ont besoin de sources d’eau disponible».

L’Urgence du besoin est aussi connu des hommes politiques. Selon l’ancien maire de la commune de Tone 1, Yempoadeb Gountante: « la population s’augmente, il faut plus de sources d’eau».  Une réalité matérialisée dans plusieurs villages. Ainsi, les aventuriers des sites appareillages construisent des châteaux d’eau pour ne plus attendre les actions de l’Etat. Dans plusieurs villages, certains forages se sont révélés négatifs, alors que les prospections avec détectés des nappes d’eau potable. Une situation qui oblige les ONG à faire appelle des compétences et les technicités étrangères. L’ONG MECAP TOGO,confie avoir appel à un géophysicien burkinabe, mais plusieurs prospections se sont révélés négatifs.Selon Yendoum Yendoubé: « Dans plusieurs localités de la région des Savanes, pour avoir de l’eau, il faut forer au-dela de 300 m de profondeur».

Les ONG qui opèrent dans la région des Savanes telles que INADES-FORMATIONS, MECAP TOGO FR s’accordent sur le fait que le bésoin en eau potable est réel.

Face à l’urgence , les députés ont interpellé le ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Kodjo Sevon-Tépé Adédzé, le mercredi 31 décembre 2025. Celui-ci a reconnu les faits et promis de relevé les défis. Accompagné du ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui, M. Adedze a effectué une descente de terrain dans les Savanes, à Mango pour constater l’état d’avancement de la prise en rivière et de la station de production et à Dapaong, trois installations ont été évaluées : le château d’eau de Timbou, la station de traitement de Dalwak et les équipements de la base militaire de Nioukpourma. A l’occasion, celui a déclaré que « C’est toute une batterie d’actions qui a été enclenchée dans la partie septentrionale du pays  en matière de mesures urgentes, à court terme et à long terme».

Également,un budget de 25 milliards FCFA en 2026 pour lutter contre la soif au Togo ont été débloqués. Plusieurs projet du gouvernement et des partenaires sont déployés. Par exemple, le projet de sécurité hydrique en milieu urbain au Togo (PaSH-MUT), lancé en octobre 2023, devrait s’engager à l’installation de six systèmes autonomes d’approvisionnement en eau potable. Le Togo s’ambitionne  une couverture nationale de 100 % en eau potable d’ici à fin 2030. Depuis 2024, le taux de desserte en eau potable est passé de 47,66 %  et ira croissant, selon les pronostics de l’Etat. Mais les populations des zones rurales espèrent. Dans le septentrion du pays, en plus dela crise sécuritaire, les aléas climatiques du fait de crise climatique ne facilite pas les choses. Une situation qui favorise les pauvretés des sols et contre les enjeux de agriculture de contre saison. Dans la préfecture de l’OTI, Nguissan Kwami, cultivateur à Tchienferi dresse un constat alarmant: « l’eau devient rare, ce qui facilite la poussée des termites qui ravagent nos récoltes et nos arbres. Sans eau, il n’y a pas d’autosuffisance alimentaire et la fin de la pauvreté. Quand cesse la pluie, débute la soif, ainsi meurent les animaux et les arbres … l’an dernier, on a vu les animaux mourir de soif».

La desserte en eau potable est le défi permanent au Togo.Mais le nord du pays ouvert sur les pays sahéliens , reste massivement impacté. Tout comme le Togo, l’Afrique subsaharienne se retrouve dans le maillon faible des ^pays qui n’arrivent pas à répondre au besoin de nos populations.

  Ainsi, dans un rapport produit par l’Université des Nations Unies (UNU-INWEH), baptisé GLOBAL WATER BANKRUPTCY Living Beyond Our Hydrological Means in the Post-Crisis Era,il est ressortit que « environ 2,2 milliards de personnes manquent toujours d’un accès sécurisé à l’eau potable, 3,5 milliards sont privées de services d’assainissement gérés en toute sécurité, et environ 4 milliards de personnes subissent une pénurie d’eau sévère au moins un mois par an ».On retient que l’humanité est en état de « faillite hydrique », dépassant les limites de régénération de ses ressources en eau douce , alors que 70 % des principaux aquifères sont en déclin, et le pompage excessif entraîne des conséquences irréversibles sur la disponibilité de l’eau. AU total 2,2 milliards de personnes manquent d’accès sécurisé à l’eau potable, et la situation pourrait se détériorer sans changements structurels dans notre gestion de l’eau.

E.K.S

Laabali

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