Titres : Exportation des céréales bloquée dans les Savanes : Aimé Gogué dénonce les limites du système de ... ... Avis d'appel d'offres pour le recrutement d'une entreprise de livraison de matériaux de construction ... Avis d'appel d'offres pour le recrutement d'entreprise prestataire ... Avis d'appel d'offres pour le recrutement d'entreprise prestataire ... À Aného, vingt leaders communautaires outillés pour contrer la désinformation et promouvoir une citoyenneté numérique responsable ...   "La pauvreté monétaire au Togo (...)dépasse 65 % dans la Région des Savanes", alerte Pr Gogué ... Sanfatoute: VESOS fait la reddition des comptes avec les bénéficiaires du projet Ablaa fabou à Tidonte ... Sensibilisation sur les hépatites virales : SRT à la rencontre des populations des Bombouaka ... Dapaong : SOS Villages d’Enfants forme les acteurs des médias des Savanes ... Savanes : «Quand cesse la pluie, débute la soif, ainsi meurent les animaux et les arbres » ...
Accueil Articles Exportation des céréales bloquée dans les Savanes : Aimé Gogué dénonce les limites du système de régulation de l’ANSAT
Économie

Exportation des céréales bloquée dans les Savanes : Aimé Gogué dénonce les limites du système de régulation de l’ANSAT

par Robert Douti - 2026-03-03 11:08:54 75 vue(s) 0 Comment(s)

Face aux difficultés rencontrées par les producteurs et commerçants de la région des Savanes après l’application stricte de l’interdiction d’exportation de certaines céréales, le professeur et député d’opposition Aimé Gogué livre une analyse critique du dispositif de régulation mis en place par l’Agence nationale de sécurité alimentaire du Togo. Entre incohérences politiques, faiblesses structurelles et risques d’appauvrissement des producteurs, il appelle à des réformes urgentes et à des mesures immédiates pour éviter une crise économique durable dans la région.

Par une note prise le 26 décembre 2024 du Gouverneur de la Région, le Gouverneur de la Région des Savanes exigeait le respect de l’arrêté interministériel du 16 mai 2022. Cet arrêté impose une autorisation préalable du ministère du Commerce pour toute exportation de céréales de grande consommation.
En réalité, la régulation des exportations céréalières n’est pas nouvelle : elle remonte à la création, en 1977, de Togograin remplacé plus tard par l’Agence nationale de sécurité alimentaire du Togo (ANSAT), chargée de gérer un stock régulateur afin de stabiliser les prix et de participer à la sécurité alimentaire dans le pays. La décision de la création de l’ANSAT est motivée par la crise alimentaire qui avait eu lieu dans le pays cette année.
Cadre réglementaire et rôle de l’ANSAT
Le système de stock régulateur a pour objectif la stabilisation du prix d’un produit en définissant un intervalle de prix à l’intérieur duquel doit évoluer le prix du marché : il s’agit du prix plancher (Pf) et du prix plafond (Pc). Le mécanisme fonctionne suivant le principe suivant :
Prix plancher (Pf) : l’ANSAT achète lorsque l’offre excédentaire fait chuter le prix du marché en dessous de ce seuil.
Prix plafond (Pc) : l’ANSAT vend lorsqu’une demande excédentaire pousse le prix du marché au-delà de cette limite.
L’ANSAT protègerait ainsi à la fois :
les producteurs, contre une chute brutale des prix ; et
les consommateurs, contre une flambée spéculative.
Bien géré, ce système permettrait même à l’agence de réaliser des profits car elle achète le bien lorsque le prix est bas (offre excédentaire) et le revend lorsque les prix sont élevés (demande excédentaire). En outre, elle permet au pays de disposer de stock de produit alimentaire en cas de chute de l’offre. En situation d’offre excédentaire et de limitation de capacités de stockage, l’agence pourra exporter le bien pour permettre au prix du marché domestique de demeurer à l’intérieur du l’intervalle défini par les prix plafond et plancher. Elle pourra ainsi accumuler des réserves devises qu’elle utilisera pour financer les importations pour maintenir le prix du marché à l’intérieur de l’intervalle pré déterminé en cas de demande excédentaire, l’ANSAT avec ses réserves pourra.
Dysfonctionnements et limites actuelles
Dans la pratique, plusieurs problèmes minent ce dispositif en raison d’une détermination irréaliste des prix plancher et plafonds et des capacités de stockage et de moyens financiers inadéquats :
Cas d’offre excédentaire : les intermédiaires et commerçants attendront que ANSAT ait épuisé ses moyens financiers ou n’ai plus de capacité de stockage pour intervenir. Les producteurs seront alors à leur merci et ils pourront ainsi acheter les biens à des prix plus faibles.
Cas de demande excédentaire persistante : une fois qu’ANSAT a écoulé tout son stock sur le marché et ait épuisé ses capacités d’importer, les intermédiaires et commerçants seront alors les seuls fournisseurs du bien. Ils pourront alors « imposer » leur prix ; les consommateurs n’ayant d’autre choix que de s’adresser à eux pour satisfaire leur demande.
Risque de corruption : l’obligation d’autorisation préalable pour importer ou exporter favorise des pratiques clientélistes, dans un contexte où les critères de sélection sont souvent politiques.
Mauvaise gouvernance : i) incapacité de l’ANSAT à payer régulièrement les producteurs ; ii) pertes liées à des stocks mal conservés et détériorés ; iii) absence de transparence sur l’utilisation des bénéfices des ventes précédentes.
L’application stricte des dispositions de la note du Gouverneur de la Région des Savanes interdisant les exportations du maïs, du riz et du haricot notamment, a eu des conséquences néfastes dans les préfectures de Kpendjal et de Kpendjal Ouest notamment :
une accumulation des stocks sur les marchés locaux,
une détérioration de la qualité des produits,
un endettement croissant des commerçants vis-à-vis de leurs créanciers, notamment nigérians, qui avaient préfinancé les achats auprès des petits producteurs.
Ces difficultés se traduisent par une chute importante des prix, un appauvrissement des producteurs, et leur incapacité à honorer leurs engagements vis-à-vis des institutions financières, surtout de microfinance, qui avaient soutenu en amont leur production.
Questions de fond et nécessité de réformes
Cette situation appelle plusieurs interrogations légitimes :
Où sont passés les bénéfices des ventes antérieures de l’ANSAT ?
Pourquoi interdire les exportations si des stocks sont laissés à l’abandon, dans des conditions de conservation inappropriées ?
Comment expliquer l’incapacité de l’agence à honorer ses engagements financiers envers les producteurs ?
Ces questions mettent en lumière l’urgence de réformes profondes de gouvernance et de fonctionnement de l’ANSAT.
Pistes de solutions immédiates
En attendant ces réformes, des mesures urgentes doivent être envisagées :
Évaluation de la situation des producteurs : recenser les stocks disponibles, les dettes contractées auprès des créanciers, et la situation vis-à-vis des institutions de microfinance.
Soutien ciblé : accorder une subvention exceptionnelle pour aider les producteurs à régulariser leurs dettes, afin de restaurer la confiance et relancer les activités agricoles.
Souplesse réglementaire : introduire plus de flexibilité dans l’octroi des autorisations d’exportation, surtout pour honorer les contrats déjà signés avec les partenaires étrangers.
Responsabilité partagée
Enfin, il convient de rappeler que nul n’est censé ignorer la loi. Cependant, lorsque l’État lui-même néglige l’application des règles pendant des années, puis décide brusquement de les imposer après les récoltes, il doit aussi assumer sa part de responsabilité.
Les contrats commerciaux sont conclus bien avant les récoltes : changer les règles du jeu une fois la production disponible est non seulement injuste, mais économiquement destructeur.
En résumé, la situation révèle autant la fragilité structurelle de l’ANSAT que l’incohérence des politiques publiques. Sans réforme en profondeur, ni mesures de soutien immédiates, les producteurs des Savanes – déjà vulnérables – risquent un décrochage économique durable.

Published
Categorized as Économie Tagged , ,

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *