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Vols de motos : le piège des faux agents en uniforme

par Robert Douti - 2024-12-21 20:48:18 900 vue(s) 11 Comment(s)

Depuis trois ans, la région des Savanes est confrontée à une grave crise sécuritaire, vivant sous un état d’urgence permanent. Dans ce climat de peur et de militarisation croissante, des individus malintentionnés profitent de la présence accrue des forces de sécurité pour se faire passer pour des agents en uniforme. La nuit venue, ils sévissent aux abords du carrefour Tidjoate-Lambounte-Natigou-Bougou, interceptant les usagers.

Ce carrefour stratégique, situé dans le canton de Natigou, relie les villages de Natigou, Bougou, Margba et Nyoumpiong, à 19 km de Dapaong. La montée de l’insécurité y prend une tournure inquiétante. Le dernier incident recensé date du samedi 9 novembre. La victime s’est fait dérober sa moto et son téléphone portable.

« Je me rendais à Bougou. Arrivé au carrefour de Tidjoate-Lambounte, deux individus m’ont ordonné de m’arrêter et demandé mes papiers. Comme je ne les avais pas sur moi, j’ai proposé d’appeler mon oncle pour qu’il me les apporte. L’un d’eux m’a enjoint de descendre et de garer la moto. Son acolyte m’a reproché de circuler à une heure tardive, prétendant que les forces de l’ordre l’avaient interdit. Lorsque j’ai sorti mon téléphone pour appeler un ami à l’aide, ils me l’ont arraché. Ils ont emporté ma moto, puis m’ont dit de venir le lendemain au poste », raconte Boudandja Daguideyenle, 29 ans, cultivateur à Mampo.

Le lendemain, Boudandja a fait le tour des commissariats de Sanfatoute, Korbongou, Dapaong, ainsi que la brigade motorisée de la gendarmerie du quartier Worgou, sans retrouver trace de sa moto. Les forces de l’ordre lui ont indiqué qu’elles ne confisquent pas les engins des citoyens à certaines heures.

Jusqu’à ce jour, la victime n’a aucune nouvelle de sa moto. Malheureusement, Boudandja n’est pas le seul à avoir été dupé par ces voleurs déguisés en forces de sécurité. Plusieurs personnes ont été victimes de ces individus opérant la nuit. Deux jours auparavant, Paguiyendou Lamboni, conducteur de tricycle, leur avait échappé de justesse.

« J’allais à Margba aux environs de 21 heures. Arrivé au carrefour de Tidjoate-Lambounte, deux personnes m’ont fait signe de m’arrêter. Les trouvant suspects, j’ai refusé d’obtempérer et ils se sont lancés à ma poursuite jusqu’aux environs de Natigou-Timanga avant de rebrousser chemin », explique-t-il.

D’autres victimes, comme Boudandja, se sont également fait arracher leurs motos. Mi-octobre, Yandja, un jeune de Boale (village du canton de Sanfatoute) se rendant à Bougou la nuit, a également vu sa moto emportée par ces malfrats.

Ces témoignages édifiants révèlent une réalité préoccupante : les usagers se retrouvent piégés entre les interventions légitimes des forces de sécurité et les abus de faux policiers utilisant les mêmes méthodes.

Imiter pour mieux tromper

Sur les routes, il est courant de voir les forces de l’ordre et de sécurité (FDS) effectuer des contrôles routiers, parfois suivis de la confiscation de motos en cas d’irrégularités. Bien que ces pratiques relèvent de leur mission de maintien de l’ordre et de la sécurité, elles offrent un modèle que les malfrats exploitent pour semer la confusion. En arborant des tenues similaires à celles des FDS et en utilisant des tactiques comparables, ces criminels instaurent un climat de peur, rendant difficile pour les populations, surtout rurales, de distinguer le vrai du faux.

Les cas de vols de motos par des malfrats déguisés en FDS signalés récemment dans le canton de Natigou ne sont pas les premiers. En février 2021, des faits similaires s’étaient produits dans la même localité sur un autre tronçon. Cependant, la vigilance de certaines victimes avait permis d’appréhender Gountien Tilatidja et Bartché Djamone, son complice, tous actuellement en détention à la prison civile de Dapaong.

Laabali

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